Samedi 9 janvier 2010
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Photo prise le jeudi 7 janvier rue du faubourg saint antoine. Paris
Je musarde en me rendant chez Nathalie et je tombe sur une situation au nom prédestiné.
Je ne peux m’empêcher de penser au titre de la pièce de Strindberg La Maison brûlée.
Voici les notes d’une de ses balades :
Une étrange histoire que je ne comprends pas mais que je tiens à me rappeler. Je me réveillais un matin, l'esprit clair, sans
savoir pourquoi. Sous l'effet d'une poussée inconsciente, je descendis en ville pour me promener au hasard. J'arrive ainsi dans le quartier où je suis né et où j'ai grandi, je vis l'école
maternelle et la grande école, la maison paternelle.
Déambulant dans les ruelles, j'en vins à passer devant l'école communale où, pendant mes études, j'avais été
instituteur et brimé. Je revis aussi deux maisons où j'avais souffert comme précepteur. Dirigeant mes pas vers le nord de la ville, j'arrivais à une autre école où j'avais enduré le martyre. Sur
une place, je revis une maison où, dans mon enfance, demeurait notre unique relation et qui fut habitée vingt ans plus tard par mon pire ennemi. Je revis aussi la maison où ma soeur s'est mariée,
il y a trente ans, puis une autre où mon frère eut à mener un dur combat. Enfin, je me trouvai devant une troisième école où j'avais préparé l'examen qui m'ouvrait l'Université. C'est dans cette
maison qu'avait habité un jour mon premier et dernier éditeur. Je revis la maison où, il y a quarante ans, je fus reçu au Conservatoire dramatique et où j'ai présenté ma première pièce, puis la
maison où je m'étais marié une première fois. Il commençait à faire clair. Je vis le magasin de meubles où je m'étais installé la dernière fois et je passai devant le domicile occupé il y a trois
ans par ma femme et mon enfant. En l'espace d'une heure, toute ma vie s'était déroulée devant moi en tableaux vivants, et il ne me manquait plus que trois ans pour arriver à l'heure
actuelle.
C'était comme une agonie, comme l'instant de la mort où toute notre vie défile devant nos yeux. Puis je me rendis dans le nord
de la ville où habitent mon dernier enfant et sa mère. Mais une voix intérieure m'ordonnait d'apporter un flacon de parfum à la mère et des fournitures scolaires pour l'enfant, car elle entrait
aujourd'hui à l'école enfantine. Alors commença la chasse au parfum. Cela aurait dû être du lilas, mais je dus prendre du muguet. Je voulais acheter des fleurs, mais il n'y en avait pas.
J'arrivai chez ma femme, l'appartement était ensoleillé, la table mise pour le café; tout respirait la beauté et le bien-être, le confort et l'amour. Je fus bien accueilli et, pendant un moment,
toute ma sombre vie passée me parut abolie. J'éprouvai le bonheur de vivre dans l'instant présent.
August Strindberg
Extrait de Théâtre cruel et théâtre mystique,
Gallimard, 1964, pp. 136-137
OK
par juliette boutillier